Changement de paradigme à l’hôpital public : au nom de quoi tant de violence ?

Du temps où elle était la principale réponse d’un exercice professionnel en construction, à la volonté de la proscrire, la violence a toujours hanté nos institutions de soins et de la psychiatrie en particulier

Y recourir ou s’y refuser marquait la nature même du soin choisi au nom d’une éthique qui occupait alors naturellement une place centrale tant dans le quotidien que dans l’esprit de la commande sociale qui en décidait. Les électrochocs aujourd’hui modifiés en électro-convulsivothérapie comme des pratiques barbares d’un autre temps ; l’usage même de la contention était soumis à des conditions et des règles strictes hors desquelles le professionnalisme n’était plus reconnu mais critiquable, voire disqualifié. Le sujet et la relation tenaient la meilleure part tant dans les représentations collectives que dans l’enseignement de nos métiers de soin. Mais il est vrai que le métier représentait alors une autre
densité sociale, forte d’une volonté de qualification, la compétence étant seulement une fonction partielle.

Les concepts d’équipe, de service et de formation s’articulaient selon un attachement aux notions de service public. Celui-ci s’imprégnait encore de cette valeur essentielle de qualité, de présence et de permanence auprès de la personne citoyenne en souffrance, encore considérée comme « patient.e » et pas « client.e » ! Les procédures et autres protocoles n’imposaient pas encore leurs diktats à l’inventivité et à la pertinence que les soignants trouvent naturellement dans le quotidien des pratiques et des échanges en références à une déontologie commune. De plus, la direction locale se rappelait son devoir de garantir la protection de ses agents selon des statuts durement acquis. De tels repères collectifs soutenus d’effectifs et de moyens à la hauteur du défi humain que représente le soin, notamment en santé mentale, permettaient bien des audaces thérapeutiques dont le souvenir ému et l’expérience bénéfique marquent la mémoire tant des soignants que des soignés. Ils participaient également à lever, sinon alléger l’anxiété naturelle qui s’y rattache.

DEPUIS, ON NOUS A EXPLIQUÉ COMBIEN CES NOTIONS DE SOLIDARITÉ ET DE PARTAGE DES PRATIQUES ÉTAIENT DÉSUETS, INOPÉRANTS, VOIRE CONTRE-PRODUCTIFS !

Le management et déjà quelques réformes et restructurations aidant, formations nouvelles et référentiels novateurs ont justifié et borné de nouveaux modèles plus soucieux de rationalité que d’humanisme. Dans un tel contexte, où les nouveaux acteurs patentés devaient prendre le pas sur l’archaïsme refoulé, privées des moyens et des valeurs qui avaient fondé et donné sens à tout l’édif ice, de nouvelles générations ont dû prendre la relève et faire toujours plus avec toujours moins !

LA « VIOLENCE », POUR APPELER UNE TELLE STRATÉGIE ÉTATIQUE ET INSTITUTIONNELLE PAR SON NOM, NE POUVAIT QU’ENGENDRER LE CHAOS QUI MENACE DÉSORMAIS NOS ÉTABLISSEMENTS PUBLICS DE SOINS, DE TELLE MANIÈRE QUE L’ON SE DEMANDE SI CE N’EST PAS L’EFFET RECHERCHÉ POUR OFFRIR À LA POPULATION MANIPULÉE UN RÉSULTAT JUSTIFIANT ALORS LES  MESURES ENCORE PLUS RADICALES DÉJÀ PRÊTES …

Alors que dire, que faire, que penser devant un tel gâchis ? De quoi, de qui cette violence structurée, planifiée, est-elle le nom ? Cette réflexion doit être reprise et poursuivie par tous et sans cesse. En effet, il n’est pas admissible de laisser le réflexe individuel d’auto protection des uns  prendre l’ascendant sur le même droit au respect et à l’intégrité physique et morale des autres. La présence de ces derniers n’est due bien souvent qu’au choix d’une société elle-même débordée par sa propre violence de les exclure en les rejetant, de les contenir en les enfermant. Cette interrogation et les questions auxquelles elle renvoie (effectifs, formations, démocratie et respects réciproques, valeurs et parole partagées selon une mission commune,…) sont centrales. Personne, quelle que soit sa place dans la hiérarchie ou la structuration de l’institution et principalement celles et ceux qui en dirigent le quotidien et en organisent l’avenir, ne peut s’en dédouaner ! Et il revient également à chacune et à chacun d’en juger les actes, d’en réclamer les comptes et d’agir en conséquence !

Contribution de André Royer et Guy Mallier, Retraités CGT du Syndicat du centre Hospitalier de Cadillac – Options 635 du 19 mars 2018

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