La détérioration de la santé au travail

S’économiser, se préserver physiquement et psychologiquement au travail suppose des savoir-faire, des pratiques que les agents élaborent au sein de collectifs de façon informelle, au contact de la réalité quotidienne du travail !

Ils élaborent ce savoir grâce à leurs expériences autour de valeurs partagées d’entraide et de solidarité.

Mais le « management » a voulu la casse de ces collectifs de travail au profit d’une individualisation  toujours plus poussée de la gestion des personnels. La mise en place des Pôles et plus tard des GHT a permis de mettre systématiquement en concurrence les salariés entre eux. La balkanisation de l’hôpital a ainsi facilité les fermetures de services et les regroupements d’activités.

Les personnels ont été placés dans l’obligation d’apprendre de nouveaux contenus professionnels parfois très différents de leurs activités de départ.

De fait, dans la novlangue du manageur moderne, les termes de polyvalence et polycompétence sont devenus des marqueurs incontournables.

Avec les collectifs brisés, c’est cette capacité, restreinte, mais indispensable à inventorier les dangers  et à inventer les parades qui s’en sont allées.

Le recours de plus en plus grand au travail précaire entrave également la production informelle des savoirs et de l’expérience nécessaire à la connaissance des risques et de leur prévention. Mis en situation d’apprentissage perpétuel, dans l’incapacité de maîtriser les situations de travail les plus simples, les agents sont de ce fait encore plus vulnérables aux risques, dans un contexte d’intensification de leur travail.

L’injonction à s’engager toujours davantage dans le travail, à faire ses preuves, désamorce toute distance critique, toute volonté de se protéger d’un environnement potentiellement dangereux physiquement et surtout mentalement.

Ainsi, le « management » a pour effet de nous éloigner de toute velléité de veiller à notre propre sécurité et à notre santé. S’ajoutent à cela des agressions, plus ou moins assumées, d’isolement, d’humiliations constituant un terrain propice au développement de nombreuses pathologies du travail. Certaines d’entre elles se finissant parfois très dramatiquement.

Si le travail peut être source de plaisir, de satisfaction et d’équilibre mental, il s’accompagne désormais souvent d’une souffrance morale qui ne peut être tenue pour négligeable. Les tristes actualités dans nos secteurs d’activité, tels que les suicides des soignants illustrent aujourd’hui la souffrance sans précédent des agents du secteur de la santé et de l’action sociale !

Cependant, il ne faut pas s’y tromper : ce n’est pas le travail qui rend malade ou qui fait souffrir, ce sont les conditions de son organisation. Il n’y a donc aucune fatalité, la donne peut changer pourvu que nous nous y mettions tous ensemble.

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