Former davantage les jeunes à la santé au travail

Exposés à des formes dégradées d’emploi, inexpérimentés, les jeunes travailleurs sont plus souvent victimes d’accidents au travail. Ils le sont moins lorsqu’ils ont bénéficié pendant leur scolarité d’une formation à la prévention des risques professionnels.

Agés de 15 à 24 ans, les jeunes travailleurs, qu’ils soient salariés, étudiants, apprentis, stagiaires ou soumis à un autre statut, représentent 15 % de la population active mondiale selon l’Organisation internationale du travail (OIT). Et ils sont relativement plus exposés que leurs aînés à un risque d’accident au travail. C’est la raison pour laquelle l’Assurance maladie, l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS), l’Association nationale des DRH (ANDRH) et l’OIT ont décidé d’organiser une rencontre  pour débattre de leur situation, le 3 mai dernier, à l’occasion de la Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail.
L’OIT dénombre 541 millions de jeunes travailleurs dans le monde, dont 37 millions d’enfants effectuant des travaux dangereux. Les activités à risque se retrouvent essentiellement dans les secteurs de l’agriculture (près de la moitié des adolescents effectuant des travaux dangereux exercent dans cette branche), de l’industrie manufacturière ou de la construction. Quant aux jeunes qui y sont exposés, ils souffrent d’un taux de lésions professionnelles non mortelles jusqu’à 40 % plus élevé que celui observé chez les travailleurs adultes de plus de 25 ans, cette fois selon l’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail.

Vulnérables

Dans un document publié sur Internet, l’OIT explique cette surexposition aux accidents du travail par « leur stade de développement physique et psychologique, leur manque d’expérience professionnelle et de formation, leur connaissance limitée des dangers liés au travail et leur manque de pouvoir de négociation qui peut les conduire à accepter des tâches ou des emplois dans de mauvaises conditions de travail ». En effet, s’ils sont d’autant plus touchés, c’est aussi parce qu’ils sont nombreux à occuper un emploi informel ou temporaire et « tendent à manquer de représentation et à méconnaître leurs droits au travail ». En outre, leur jeune âge les rend plus sensibles à la pression sociale, à la volonté de se faire bien voir, ce qui peut engendrer chez eux des réticences à signaler les dangers. Ils manquent enfin d’expérience. Or, selon l’OIT, « pour un travailleur, le risque de lésion est quatre fois plus élevé pendant le premier mois dans un nouvel emploi qu’après douze mois en poste ».

Une question d’éducation

Dans le même document, l’OIT précise que « les jeunes travailleurs ayant un plus haut niveau d’éducation comprennent mieux ce qu’est la sécurité, sont plus respectueux des procédures de sécurité et sont moins souvent victimes d’accidents que les travailleurs moins instruits ». En oubliant de mentionner le fait qu’ils travaillent aussi souvent dans des activités moins exposées aux risques. L’OIT voit néanmoins dans l’éducation un vecteur de prévention et estime que « les jeunes devraient apprendre des notions de sécurité et de santé au travail dans le cadre de leur éducation, avant d’entrer dans la vie active ». Ils devraient aussi recevoir une formation en santé et sécurité au travail « spécifique à leur métier pour se préparer à travailler et au début de leur emploi ».

Deux fois moins d’accidents

Des mesures efficaces ? C’est ce que semble corroborer l’étude longitudinale  menée par Stéphanie Boini, Régis Colin et Michel Grzebyk, épidémiologistes à l’INRS, concernant « l’impact de la formation initiale en santé et sécurité au travail sur la survenue d’accidents au travail chez les jeunes ». Les jeunes ayant participé à l’enquête et qui avaient reçu un enseignement en santé et sécurité au travail (SST) au cours de leur scolarité ont été deux fois moins victimes d’accidents du travail (AT). Un risque moindre d’AT également observé chez les jeunes ayant suivi la formation de sauveteur-secouriste du travail. D’où l’intérêt, selon les auteurs de l’étude, de généraliser et renforcer l’enseignement SST « avec une approche globale (c’est-à-dire plus large que les risques spécifiques du métier préparé), visant à promouvoir la culture de prévention ». Une préconisation partagée par l’OIT, qui appelle également à produire davantage de données scientifiques en prenant en compte le facteur de l’âge. Elle recommande aussi de ne pas limiter les réglementations concernant la sécurité et la santé des jeunes travailleurs à ceux de moins de 18 ans et suggère d’étendre les protections juridiques et sociales, afin de mieux couvrir les travailleurs de l’économie informelle.

 

Imprimer cet article Télécharger cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *