Un management au service de la financiarisation de la Santé !

Pas un jour sans que nos médias nationaux ne se fassent l’écho du malaise grandissant des personnels dans les institutions sanitaires et sociales. Les interviews de nos collègues, parfois de nos camarades, se succèdent régulièrement et leurs témoignages sont pertinents et argumentés. Mais les journaux télévisés, eux, poursuivent une autre logique ; ils se nourrissent de faits à défaut d’analyses, les exemples cités n’ayant qu’un seul but : susciter une émotion à défaut de proposer des solutions ! Aucune réflexion donc, mais une juxtaposition d’affirmations qui dans la même minute nous expliquent que nous manquons de moyens et que nous avons trop de lits comparés aux pays de l’OCDE. Cette juxtaposition d’informations est manipulatoire car elle induit un lien de causalité entre éléments n’ayant à priori aucune relation entre eux. Plus grave encore, elle délégitime par avance toutes tentatives de changements pour les patients comme pour les soignants !

C’est pourquoi nous devons faire l’effort de questionner sans cesse ce qui nous est présenté comme évident. Un article du « Monde Week-end » daté du 17 février 2018 intitulé « Le soin saccagé » éclaire notre propos. L’Hôpital serait malade de son management et en effet c’est ce que nous vivons tous les jours. Pour autant, si nous cessons une minute de faire des raccourcis « faciles », nous nous devons de poser le problème autrement. Plutôt que l’hôpital, ne serait-ce pas le management qui serait malade ? Surtout quand il s’oriente sur « l’esprit capitaliste » tel qu’il a été théorisé par Taylor à la fin du 19e siècle et « selon lequel la rentabilité maximum des entreprises passe par une domination totale des salariés » ?

Lutter contre le management actuel ne sert à rien si nous n’analysons pas cet esprit capitaliste très « 19 siècle » qui l’anime maintenant. Quand Christophe Dejours, psychiatre, psychanalyste, spécialiste en psychodynamique du travail nous explique que « les gestionnaires ne connaissent pas le travail et ne veulent pas le connaître. Cela fait partie des sciences de la gestion, ne rien savoir des règles du  métier, pour asseoir sa domination et ne pas avoir à faire de compromis », nous ne pouvons  qu’acquiescer, à condition de préciser que nous nous plaçons dans une société libérale ayant pour finalité ultime l’enrichissement personnel. Sinon, c’est incohérent !

L’Hôpital est malade et le restera tant que nos responsables politiques considéreront la maladie comme une source d’enrichissement possible. Cela n’étant pas politiquement correct, le problème nous  est présenté à l’envers : le traitement des maladies est une cause d’appauvrissement de la société, il faut donc faire des efforts ! Mais la finalité reste la même : récupérer des budgets… sur le dos des malades et des personnels pour les affecter ailleurs, à la Bourse de Paris ou à celle de Londres, par exemple !

Ces choix ont des conséquences directes sur nos conditions de travail. Si nous examinons les nouveaux ratios IDE/Patients, nous constatons qu’ils diminuent. Là où traditionnellement il fallait 1 IDE pour 8 patients, les gestionnaires nous expliquent désormais qu’1 IDE traitera 15 ou 22 patients. Pour le bien de qui ?… serions-nous tentés de demander… Dans le secteur de la santé marchande, la
réponse est claire : c’est pour le bien des actionnaires. Dans le secteur public, là aussi peu de suspens : seuls nos plus hauts responsables en profitent. Si par malheur certains se révoltent, c’est le placard assuré ! Et c’est exactement ici que le management devient délétère, car il ne laisse pas le choix, car il vient justifier l’injustifiable quand il vient nous rappeler que nous, le personnel, ne sommes plus ni des femmes ni des hommes, seulement des variables d’ajustement et que les malades devront payer d’une façon ou d’une autre pour ce qui leur arrive.

Laurent Laporte, Secrétaire Général de l’UFMICT-CGT, Options 635 du 19 mars 2018

 

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